Emmaï Dee

L’autre jour, en voiture pour accompagner Elisa faire son premier saut en parachute (oui, l’été arrive, on raconte nos vies), on se demandait quel serait le tube sur lequel on chalouperait (mal) cet été.
Ça faisait déjà quelques temps qu’on cherchait à rencontrer Emmaï Dee, musicienne, chanteuse et parolière du groupe Bagarre, dont on écoutait l’album en boucle, mais le contexte – et leur succès mérité – jouait contre nous. Après quelques avions ratés, rendez-vous manqués et accidents de vélo, on a fini par boire un verre ensemble et discuter clubs, génération, horizontalité et féminisme.
Et puis, en retranscrivant l’entretien, en plus d’être épatées par le discours d’Emma, on s’est rendu compte qu’en fait, on l’avait déjà, notre tube de l’été : Danser seul. On vous laisse avec ce dernier entretien de la saison et on vous souhaite deux mois de feu plein de festoches et d’apéros avec celles et ceux que vous aimez…

 

Tu as commencé par travailler dans la production ; est-ce que tu pourrais nous raconter un peu comment tu t’es retrouvée à faire de la scène ?

J’ai toujours joué de la musique, j’ai étudié le piano au conservatoire en mi-temps musique au collège et au lycée. J’ai fait aussi beaucoup de théâtre quand j’étais plus jeune et j’ai toujours aimé la scène. Mais je ne voulais pas être pianiste classique. Alors, comme j’adore l’organisation, j’ai voulu bosser dans la prod. J’ai d’ailleurs monté un festival avec une amie à ce moment-là, qui s’appelait La Bulzacienne, c’était à deux heures de Paris, ça durait trois jours, et ça s’est super bien passé ! Mais le festival n’a eu lieu qu’une année, parce qu’ensuite j’avais Bagarre à fond, et que cette amie partait vivre aux États-Unis. Tout ça pour dire que j’avais grave envie de bosser là-dedans, et c’est donc ce que j’ai commencé par faire : j’ai été embauchée après mon stage comme agent de musiciens classiques.
Pour ce qui est du retour vers la scène, c’est aussi une histoire de rencontres. Cyril – aujourd’hui Master Clap dans le groupe – que j’ai connu en prépa, a rencontré Arthur – La Bête – et Tom – Majnoun – via des copains de copains et des teufs de potes. Lorsqu’ils ont cherché quelqu’un pour chanter et faire des synthés, ils ont pensé à moi. Mus, notre batteur, nous a rejoints un an après (avant, c’était un autre copain qui faisait la batterie). C’est comme ça que j’ai commencé Bagarre. Et rapidement, on s’est dit que si on voulait en faire quelque chose, il fallait tout arrêter à côté.

Vous avez pris cette décision au bout de combien de temps ?

Au bout d’un an et demi, quand même. On faisait des petites scènes, mais pour certains, on finissait aussi nos études. Moi, j’ai direct commencé à travailler, mais c’est vite devenu compliqué à conjuguer avec Bagarre. Tous les jours, j’avais répét’ à 18 ou 19 h, alors que c’était le genre de premier taf où il aurait plutôt fallu être très disponible. Ça commençait à coincer et j’ai décidé de démissionner. J’avais fait cinq ans d’études pour atteindre ce métier précis auquel j’étais arrivée (sachant que le milieu de la culture n’est pas réputé pour être simple à intégrer) et hop, j’ai tout arrêté pour être serveuse et pour Bagarre. Ça a duré un an et demi, avant qu’on devienne intermittent·e·s et qu’on ne se consacre plus qu’au groupe.

 

L’une des choses intéressantes dans Bagarre, c’est que vous avez tous des profils très différents, non ?

On est hyper différents, oui. Notamment musicalement, mais ce qui nous a tous réunis et ce sur quoi on se retrouve, c’est la curiosité, et aussi l’envie de faire une musique avec du texte, mais sur laquelle on peut danser.

 

De ce qu’on a lu, vous faites tous un peu de tout au sein du groupe ?

Il n’y a que Mus qui est vraiment batteur. D’ailleurs, maintenant, il a aussi un morceau lead (Miroir) ; c’était le dernier à en avoir un, on l’a vachement poussé pour l’album à écrire avec nous, parce que ça fait partie de notre identité, et qu’il en avait aussi très envie. Du coup, sur ce titre, La Bête passe à la batterie.
Moi, je suis claviériste, mais je vais aussi aux percus. Arthur et Thomas sont guitaristes, mais ils font aussi du clavier. On bouge, et ce sont surtout des challenges ! C’est assez cool. Là, pour la tournée de l’album, j’ai fait de la guitare pour la première fois. C’est pas facile quand c’est un instrument qui n’est vraiment pas le tien… mais on aime bien se foutre du travail en plus !

Vous écrivez tous les textes des chansons. Comment ça se passe d’écrire à plusieurs ?

C’est assez chouette ! Chacun·e est porteur·se de son texte, amène l’impulsion première – pour l’instant, on n’a pas encore réussi à écrire pour d’autres. Mais ensuite, on échange, on bosse ensemble sur les titres de tout le monde.
Concrètement, ça commence souvent par de grandes discussions. On va vraiment puiser au fond de nous, choisir des thèmes qui nous importent. On se pousse beaucoup les un·e·s les autres à aller plus loin. Ça commence par : « Ah, j’aimerais bien parler de ça », mais on est toujours un peu timide par rapport à soi-même. Pour Diamant, par exemple, qui parle de masturbation féminine, j’avais envie d’écrire un morceau de meuf, pour les meufs, chanté par une meuf. C’était assez important. Les gars ont été d’une grande aide, ils m’ont encouragée à ne pas me cacher derrière la poésie.
Se pousser les un·e·s les autres dans l’écriture, je crois que c’est assez exceptionnel. Nous sommes nos premier·ère·s juges, et c’est pour ça que parfois c’est un peu dur, même entre nous. Mais c’est aussi une force, parce qu’une fois dépassée cette pudeur, tu es beaucoup plus sûr·e de toi, tu es porté·e par quelque chose de beaucoup plus fort. Je pense aussi qu’on a un grand intérêt les un·e·s pour les autres – ça commence par là, il ne se passerait rien sinon.

 

On aimerait revenir un moment sur Diamant, pour rebondir sur ce que tu disais à l’instant : pourquoi c’était important, pour toi, d’écrire « un texte de meuf pour les meufs » ?

Déjà, parce que c’est assez rare. Sur la route, dans tous les festivals, tu te rends compte qu’il y a quand même peu de meufs sur scène. J’ai aussi pris conscience que certains sujets ne sont jamais abordés – ce sujet-là notamment, mais ce n’est pas le seul.
Ce sont des questions qui sont aussi liées à ma place dans le groupe. On est très égalitaires et je me suis toujours considérée comme eux, mais il y a quand même quelque chose qui fait qu’on est différent·e·s, c’est notre corps. Et ce corps, c’est le point de départ d’un milliard de questions, et notamment celles de genre : que faire avec ton corps ? Qu’est-ce qui est dit, qu’est-ce qui ne l’est pas, et pourquoi ?
J’ai conscience d’être de plus en plus entendue. Je voulais sauter sur l’occasion et ne pas avoir peur de me cacher derrière des « Oui, je suis comme eux. » D’autant plus que pendant les concerts, pas mal de filles viennent me voir et me disent que je les inspire pour tel ou tel truc. C’est la preuve que ma parole, même si c’est juste pour dix nanas, peut avoir un intérêt. Qu’il y a des choses dont je peux parler, qui peuvent aider les gens, qui auraient pu m’aider moi.
D’ailleurs, c’est une question qu’on se pose souvent avec nos textes. On essaye toujours de se demander : « Qu’est-ce que j’aurais aimé entendre quand j’étais ado, ou en tant que meuf ? Qu’est-ce que j’aurais aimé qu’une nana sur scène me dise ? » Ça part aussi de ces questions-là.

Et le choix du sujet a été accepté facilement dans le groupe ? Les garçons, ça les a tout de suite intéressés ?

À mort ! Ils m’ont hyper poussée ! C’est plutôt dans le cercle professionnel un peu plus large que ça été compliqué… En plus, le texte est passé par un milliard de versions, et pour le label, un morceau qui parle de cul pas terminé, pas encore tout a fait ficelé, chanté rapidement sur une maquette, c’était pas évident à entendre.

 

Tu l’as ressenti ?

Carrément ! On m’a dit : « Emma, pourquoi tu parles de ça ? T’es pas Nicki Minaj ! » Mais pourquoi on devrait être habillée d’une certaine manière, représenter quelque chose de la femme pour parler de sexe ? C’est assez particulier !
La chance que j’ai eue à ce moment-là – parce qu’évidemment, toi, par rapport à ton texte, tu es fébrile –, c’est que les gars étaient complètement avec moi. Et ça, c’est quand même quelque chose !

Ce qu’on trouve novateur dans la manière dont vous fonctionnez, c’est que tu n’es pas « la meuf du groupe ». On voit assez peu de groupes mixtes qui sont construits ainsi. Est-ce que c’est une volonté ? Et est-ce que c’est compliqué ?

En fait, ce n’est pas du tout une volonté, c’est-à-dire que ça a toujours existé comme ça, parce que je pense qu’on a tous·tes des caractères assez forts sur scène qui font qu’on est tous·tes identifiables. Et à partir du moment où tu deviens un personnage, tu te fous du genre. Beyoncé en est un bon exemple : en concert, elle peut être à moitié à poil, tu t’en fous, parce que tu vois surtout une bête de scène.

 

Oui, tu ne vois pas La femme.

C’est ça, ce n’est pas une représentation. Je pense que nous, dans Bagarre, à une échelle minuscule, on a aussi naturellement tous·tes des personnages, et que ça participe à créer cette égalité. Mais ça se construit, aussi. Dès le début, j’ai eu envie de m’habiller un peu comme eux, qu’on ait tous·tes le même costume. Limite, j’ai mis du temps – alors que je suis quelqu’un d’assez féminin dans la vie, je ne m’habille pas en jogging tout le temps, je me maquille… Sur scène, j’ai longtemps eu quelque chose d’un peu dur.

 

Comme pour faire partie de la bande ?

Ouais, mais assez inconsciemment, un peu pour me dire : « ben je suis comme eux, quoi ». En tout cas, on nous a souvent parlé de cet aspect, et je trouve ça assez agréable.

 

Ça l’est aussi à voir : il n’y a pas une nana chanteuse, ni en retrait ni trop mise en avant. Ça rejoint la question de l’horizontalité, qui est un terme dont vous parlez souvent.

Carrément ! Qu’on soit une fille et des garçons, et qu’il y ait cette horizontalité, ça crée ce truc global que je trouve vraiment intéressant. À partir du moment où chacun·e peut exister comme il·elle en a envie, évidemment.

 

Malgré tout, est-ce que tu sens une différence dans le regard que le public ou la presse porte sur toi par rapport à tes camarades ?

Ça arrive, mais en vrai pas tant que ça, parce que je n’ai jamais représenté « la fille ».
Je me suis rendu compte en bossant avec d’autres gens, qui faisaient parfois des blagues un peu récurrentes, que les mecs de Bagarre ne me féminisaient pas du tout, et qu’on n’avait pas vraiment de rapport fille-garçon. C’est comme avec tes frères et sœurs : c’est là et c’est hyper important, mais tu l’oublies aussi un peu, c’est juste une donnée, comme avoir les yeux bleus.
Après, j’ai souvent – mais de moins en moins – des « Alors, qu’est-ce que ça fait d’être une fille dans un groupe de garçons ? » Mais pour moi, ça n’a pas tant de sens que ça. Mis à part le fait de me dire que j’ai envie de parler de thèmes dont eux ne peuvent pas parler de la même manière, ou que l’on n’a pas forcément le même point de vue sur tous les sujets. Et même par rapport au public, ce qui est hyper agréable, c’est que comme on a chacun des morceaux, chacun des personnages, chaque spectateur·rice peut s’attacher un peu à son Pokémon !

À propos, pourquoi avez-vous fait ce choix d’avoir des personnages et des pseudos ?

Quand t’arrives sur scène, avoir un costume, un habit, un certain maquillage, ça t’aide à incarner, physiquement, à être quelqu’un d’autre sur scène. C’est évidemment un peu de toi et un peu de ce que tu voudrais être. De mon côté, il y a plein de moments où Emmaï Dee m’inspire ! Pendant l’écriture de l’album, notamment, elle était plus engagée qu’Emma dans la vraie vie. Je trouve que ce sont des va-et-vient intéressants qui permettent de nourrir aussi les autres plans de nos vies. C’est quelque chose qui dialogue entre ton personnage et toi, parfois ça se rejoint, parfois ça s’écarte.
Lorsque l’on joue Diamant sur scène, il y a un moment où je jouis à moitié. Jamais j’aurais pensé que je pouvais faire ça ! Mais ça passe très bien parce que j’y vais à fond, et je me sens protégée par ce personnage.

 

Du coup, c’est quoi ton personnage ? Qui est Emmaï Dee ?

Je pense qu’elle est assez sûre d’elle, avec l’ambition de s’adresser aux femmes, mais aussi aux filles plus jeunes, de leur dire : « Sois qui tu veux, sens-toi libre de dire ce que tu veux, n’hésite pas, fonce ! » Il y a un truc comme ça de : « Come with me ! Go ! »

 

Ça fait deux fois que tu nous parles de votre discours vis-à-vis des plus jeunes générations. Tu ressens une sorte de responsabilité ?

Pas une responsabilité, parce qu’on se sent assez libres de dire ce qu’on a envie de dire, et qu’on ne questionne personne avant d’écrire.
Par contre, il y a quelque chose dans Bagarre qui est de l’ordre de l’urgence, dans la musique comme dans les textes. On s’attaque souvent à des thèmes un peu durs aussi, toujours avec cette envie de danser dessus, comme quelque chose d’un peu cathartique. Je ne sais pas si ça a à voir avec la question de la responsabilité, mais en tout cas, et c’est très important pour nous, on sait qu’il y a des choses qu’il faut dire et crier, surtout si c’est fait dans la joie et dans la musique ! La musique, c’est quand même un médium qui est assez cool pour ça. Notamment quand tu as fait ton album, qui est assez figé, l’incarner sur scène te permet d’aller plus loin, de l’entourer de discours.

À propos, pourquoi avez-vous fait ce choix d’avoir des personnages et des pseudos ?

Quand t’arrives sur scène, avoir un costume, un habit, un certain maquillage, ça t’aide à incarner, physiquement, à être quelqu’un d’autre sur scène. C’est évidemment un peu de toi et un peu de ce que tu voudrais être. De mon côté, il y a plein de moments où Emmaï Dee m’inspire ! Pendant l’écriture de l’album, notamment, elle était plus engagée qu’Emma dans la vraie vie. Je trouve que ce sont des va-et-vient intéressants qui permettent de nourrir aussi les autres plans de nos vies. C’est quelque chose qui dialogue entre ton personnage et toi, parfois ça se rejoint, parfois ça s’écarte.
Lorsque l’on joue Diamant sur scène, il y a un moment où je jouis à moitié. Jamais j’aurais pensé que je pouvais faire ça ! Mais ça passe très bien parce que j’y vais à fond, et je me sens protégée par ce personnage.

 

Du coup, c’est quoi ton personnage ? Qui est Emmaï Dee ?

Je pense qu’elle est assez sûre d’elle, avec l’ambition de s’adresser aux femmes, mais aussi aux filles plus jeunes, de leur dire : « Sois qui tu veux, sens-toi libre de dire ce que tu veux, n’hésite pas, fonce ! » Il y a un truc comme ça de : « Come with me ! Go ! »

 

Ça fait deux fois que tu nous parles de votre discours vis-à-vis des plus jeunes générations. Tu ressens une sorte de responsabilité ?

Pas une responsabilité, parce qu’on se sent assez libres de dire ce qu’on a envie de dire, et qu’on ne questionne personne avant d’écrire.
Par contre, il y a quelque chose dans Bagarre qui est de l’ordre de l’urgence, dans la musique comme dans les textes. On s’attaque souvent à des thèmes un peu durs aussi, toujours avec cette envie de danser dessus, comme quelque chose d’un peu cathartique. Je ne sais pas si ça a à voir avec la question de la responsabilité, mais en tout cas, et c’est très important pour nous, on sait qu’il y a des choses qu’il faut dire et crier, surtout si c’est fait dans la joie et dans la musique ! La musique, c’est quand même un médium qui est assez cool pour ça. Notamment quand tu as fait ton album, qui est assez figé, l’incarner sur scène te permet d’aller plus loin, de l’entourer de discours.

En dehors du club, il y a un autre thème qui semble revenir assez régulièrement dans votre musique, c’est une certaine forme de violence, qu’il s’agisse de votre nom de groupe ou de certains de vos titres, comme Claque le ou Béton armé… Pourquoi, selon toi ?

Parce que la vie, c’est dur ! On aborde des sujets qui ne sont pas évidents. Par exemple, Béton armé, c’est un texte qui parle des attentats de Paris, de ce moment de chaos mental où on ne savait plus trop ce qui s’était passé, on ne savait pas ce qui allait se passer, on ne savait pas ce que ça voulait dire par rapport à ce qui s’était passé dans l’histoire, mais on sentait que tout était un peu catapulté. C’est toutes ces images qu’on a essayé de retranscrire dans ce morceau. C’est sûr que ça part de quelque chose de très violent…
Après, dans le mot « Bagarre », on ne voit pas quelque chose de violent, au contraire. On y voit quelque chose de l’ordre du combat. Je ne dirais pas qu’on travaille autour de la violence, plutôt que l’on parle de sujets durs, mais surtout pour arriver à vivre (et à danser) avec.

 

On aimerait aussi discuter avec toi de la question du genre, notamment après avoir lu cet article des Inrocks qui genrait Bagarre au féminin. C’était quelque chose de voulu ? Plus globalement, c’est une problématique qui vous parle ?

Je ne crois pas que c’était spécialement voulu. Mais c’est vrai que ça fait partie de l’univers de Bagarre, d’avoir cette ambivalence, de pouvoir parler et jongler entre les genres. Le personnage de La Bête, par exemple, est interprété par Arthur, qui se questionne beaucoup sur le féminisme, et pour lui c’était important d’avoir un pseudo au féminin, un peu hybride, pas vraiment genré. Sa chanson La Bête voit rouge, par exemple, est accordée au féminin.

Est-ce que tu penses que ce genre de positionnement participe au fait que les gens se reconnaissent et sont touchés par votre travail ?

Oui, c’est possible. Je crois que ça en fait partie en tout cas, et ce sont des thématiques vraiment importantes pour nous.
De la même manière, par le club, on est assez proches de la communauté LGBTQ+. Je me rappelle qu’on avait joué à une soirée qui s’appelle Garçons sauvages club, à Lyon, à 2 h du mat’, en plein milieu d’une soirée avec plein de drags, c’était assez fou ; et dans les loges, une des drags était venue nous dire : « Vous êtes tellement queer ! J’ai jamais vu une fille aussi masculine sur scène, ni des gars aussi féminins ! » Je pense que c’est quelque chose qui est assez vrai, dans la construction de nos personnages en tout cas.
C’est important de pouvoir soutenir dans notre groupe des causes qui nous importent, même si ce n’est pas nous qui les portons au jour le jour. Jamais la musique ne sera un moyen de combattre réellement des problèmes d’inégalités politiques, d’homophobie ou de racisme ; mais ça peut aider les gens qui se battent pour ça, leur permettre d’avoir plus de forces et plus d’armes. Donc je pense que tout ça fait que, dans notre discours et dans notre manière d’être, il y a des aspects qui parlent au public, quelque chose de générationnel qui nous tient à cœur et doit sûrement porter aussi le projet d’une certaine manière. D’ailleurs, ce sont des sujets qui ressortent de plus en plus, qui sont abordés par de plus en plus d’artistes – Eddy de Pretto par exemple, mais ce n’est pas le seul.

 

Justement, en parlant de ça, est-ce qu’il y a des musiciennes qui t’inspirent ou dont tu aimes le travail et que tu aimerais recommander ?

Ah oui !
Il y a notamment une jeune nana qu’on a fait jouer en première partie de notre concert à La Cigale, qui s’appelle Oh Mu. Elle est hyper douée, elle fait tout, elle est aussi illustratrice, et elle est bourrée de talent ! Et pareil, elle s’intéresse aussi au genre, elle est assez ambiguë, elle a des questionnements sur l’identité, c’est très beau et très fort.
J’ai l’impression que les femmes qui m’inspirent dans la musique ou dans l’art sont celles qui dépassent le simple concept de femme, qui sont de vrais personnages. Tout à l’heure, je parlais de Beyoncé : je trouve qu’elle incarne vraiment cela, tout en étant très féminine. Parce que ça ne veut pas dire effacer sa féminité, au contraire, tu peux l’exprimer de toutes les manières que tu veux, mais il en sort quelque chose d’une grande puissance. Je crois que les femmes qui m’inspirent sont celles qui ont cette force intérieure.

 

Quel serait ton plus grand succès ?

Ça serait d’arriver, avec Bagarre – parce qu’Emmaï Dee n’en aurait pour le moment pas la force seule – à faire entendre des choses qui sont importantes, étonnantes. Que ça crée du mouvement, que Bagarre puisse soulever les masses !

 

Et la suite ? Vous jouez dans des festivals cet été ?

Oui, on a pas mal de dates : on joue aux Francos de La Rochelle, à Dour, sur plein de petits festivals chouettes comme Pete the Monkey
Et on est déjà en train d’écrire des nouveaux titres. On aimerait bien avoir un morceau qui sortirait avant Noël. Et, petite exclu, on a un clip prévu pour la rentrée…
Sinon, on a L’Olympia en mai prochain, ça c’est un objectif qu’on n’a pas envie de rater. On a envie que ce soit une belle fête, un beau club !

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