Sophie Riche

Sophie Riche, dessin Elisa Renouil d'apres une photo de Léa Bordier La Zouzletter 2018

Nous avons découvert le travail de Sophie Riche alors qu’elle était journaliste chez madmoiZelle, notamment via une série de vidéos sur la sexualité et la contraception qu’elle avait réalisées pour le site. Très vite, nous avons été séduites par son ton, son humour et sa bienveillance. Aussi, lorsqu’elle a quitté la rédaction du magazine web, nous avons guetté de près ses projets personnels, et n’avons pas été déçues. Aujourd’hui, Sophie Riche est YouTubeuse – sur sa propre chaîne comme au sein de collectifs –, autrice et comédienne, et gère avec succès cette nouvelle carrière. Elle a accepté de répondre à nos questions de novices dans un café parisien, un jour enneigé du mois de mars.

 

Peux-tu nous raconter comment tu es arrivée chez madmoiZelle ?

En fait, j’en suis l’une des premières lectrices : Fabrice Florent, le fondateur, travaillait avant sur un autre site sur lequel j’allais. Quand il a créé madmoiZelle, il a demandé à quelques personnes de la communauté de tester la plate-forme et le forum en mode bêta. J’ai écrit de manière bénévole pour le site quelques articles entre 2005 et 2011. J’ai ensuite passé le concours de l’école de journalisme de Lille… que je n’ai pas eu parce que je ne l’avais pas assez bossé, et j’ai eu envie de me défouler et de faire quelque chose de cet échec qui me faisait mal au bide. Du coup, j’en ai fait un article et je l’ai proposé à Fabrice gratuitement. L’article a bien marché. Et là, j’y suis allée au culot : je me suis dit que je n’allais peut-être pas réussir à être journaliste de manière traditionnelle, mais que je pouvais essayer de rentrer dans le milieu autrement. Je lui ai demandé s’il avait un budget pour m’embaucher. On a convenu que je ferais des articles bénévolement tout l’été et qu’on verrait à la rentrée. J’ai été ensuite prise en tant que pigiste. J’écrivais un article par jour, en parallèle de mes études d’anglais, auxquelles j’allais de moins en moins… Au bout de quelques mois, j’ai été officiellement embauchée et j’ai arrêté la fac : ça me rendait malheureuse de faire des études qui ne me plaisaient pas, alors qu’écrire… Au total, je suis restée quatre ans à la rédaction de madmoiZelle.

 

Tu étais en charge de quels genres de rubriques ?

Disons que je rédigeais à la fois des articles feel good et société, et que je faisais aussi des billets d’humeur, de type rigolards.

 

Tu as assez rapidement fait des vidéos ?

Oui, la première, c’était en 2012.

"Jouer et écrire, ça a toujours une de mes envies" Sophie Riche, La Zouzletter, 2018

Comment es-tu passée de l’écrit à la vidéo ?

En fait, jouer et écrire, de la fiction comme de la non-fiction, ça a toujours été une de mes envies. J’ai notamment toujours voulu être comédienne… mais quand on grandit dans un petit village de Picardie, on n’envisage pas cela comme une possibilité. J’avais donc rangé ça dans un coin de ma tête.

Mais à l’époque, chez madmoiZelle – je ne sais pas comment ça se passe maintenant –, quand on avait une envie, on pouvait la tester. J’ai eu envie de réaliser des fausses pubs, alors on en a tournées (et c’était cool !). Ensuite, on a fait la vidéo de présentation de la cup, qui m’a fait me dire que j’étais peut-être prédisposée à faire des face cam [NDLR : type de vidéos où le locuteur s’adresse à son public face caméra].

 

Quand tu as quitté madmoiZelle, tu as donc rapidement monté ta propre chaîne YouTube ?

Pas assez vite, en fait… Je suis partie de madmoiZelle pour être autrice, comédienne et YouTubeuse. Mais j’ai finalement mis sept mois à me lancer, alors que j’avais déjà pas mal d’idées. J’aurais voulu que ce soit plus rapide, mais je me suis mis des freins toute seule. Peut-être qu’après quatre ans à écrire à un rythme effréné, je n’avais plus de jus. Et peut-être que j’ai eu besoin d’une pause. Mais du coup, c’était un peu la déprime ! Passer de bosser toute la journée à se retrouver soudainement sur son canapé à se dire : je vais passer des castings et lancer ma chaîne sans vraiment y arriver… Peut-être aussi que j’avais besoin de peaufiner ma ligne éditoriale, de me dire que je voulais faire du feel good tout en restant marrante. Et j’avais aussi peur d’être jugée par mes pairs. Alors que mes pairs, soit ils·elles s’en foutent, soit ils·elles aiment bien, c’est tout !

 

Qu’est-ce qui t’a fait finalement passer le cap ?

Je crois que ce qui m’a beaucoup motivée, c’est le fait que mon compagnon lance sa chaîne en même temps. Et lui est très proactif, ce que je n’étais pas encore à l’époque, j’étais dans une sorte de mini déprime. On en a beaucoup discuté, parce qu’il savait que je crevais d’envie de le faire et que je me mettais plein de barrières. Et comme il avait vraiment la tête dans le guidon, il se rendait compte de ce qu’il fallait me dire pour me motiver. Chaque discussion me donnait une idée, une envie supplémentaire de le faire. D’où l’intérêt de bien s’entourer !

"Je crevais d'envie de créer ma chaine youtube mais je me mettais plein de barrières" Sophie Riche, La Zouzletter, 2018

Surtout que tu as des ambitions assez larges, entre YouTube, l’écriture, le jeu… Comment est-ce que tu arrives à jongler entre ces différents pôles ? Est-ce que tu considères ça comme une seule activité ?

Disons que je n’imagine pas ma vie sans l’un de ces aspects. Pour moi, c’est comme si c’était un seul et même métier. Ça me fait penser aux études, où tu as des cours différents mais où tout fait partie de ton cursus. Là, c’est pareil : une matinée, je vais écrire sur un projet de fiction, l’après-midi, je vais tourner dans un court-métrage, le lendemain je vais travailler sur ma vidéo… tout s’imbrique. Et tout est une source d’inspiration pour le reste, donc c’est cool !

 

Pourquoi as-tu choisi cette ligne édito très feel good et axée conseil ? Ça te parlait, tu trouvais que ça manquait ?

En fait, je crois que j’ai fait une synthèse de tous mes précédents jobs. Avant d’arriver chez madmoiZelle, quand j’étais étudiante, j’ai été hôtesse de caisse. Rien à voir avec la choucroute, mais je travaillais dans une petite ville de l’Aisne, à côté du village où j’ai grandi, et il y avait là-bas beaucoup d’usines qui fermaient, beaucoup de gens tristes ou de personnes âgées isolées. Et mon défi, c’était chaque fois de faire sourire tout le monde, d’une façon ou d’une autre. En y réfléchissant, je me suis rendu compte que j’aimais bien rendre les gens contents. Et ça s’est un peu retrouvé dans mon ton chez madmoiZelle où, naturellement, j’essayais de décomplexer les lecteur·rice·s – sans doute aussi parce que j’ai beaucoup complexé toute ma vie, et que je complexe encore maintenant. Je voulais essayer de faire en sorte que d’autres personnes ne soient pas aussi mal dans leur peau que j’ai pu l’être, ou que je le suis encore parfois.

"Je me suis rendu compte que j'aimais bien rendre les gens contents" Sophie Riche, La Zouzletter, 2018

Tout en gardant ton style, ton humour !

Oui, ça fait partie de moi aussi ! J’ai grandi en regardant les sketchs des Nuls et des Robins des bois, donc forcément, ça m’a imprégnée… imbibée, presque !

 

Maintenant, ta chaîne YouTube a plus de deux ans, et tu as dépassé les 100 000 abonné·e·s. Est-ce que tu sais à qui tu t’adresses, que connais-tu de ton public ?

Ce sont plutôt des jeunes femmes, entre 17 et 24 ans. Je ne sais plus le pourcentage, mais il est important, c’est vraiment mon cœur de cible. Ensuite, je crois que ce sont les 25-35 ans, puis les filles plus jeunes. Mais il y a aussi pas mal de garçons, mine de rien.

 

Tu sais pourquoi ton audience est si féminine ? Est-ce que ce sont des lectrices qui t’ont suivie de madmoiZelle ?

Je pense qu’il y a de ça, mais aussi qu’en bossant quatre ans pour un magazine qui s’adresse à cette cible-là, j’ai forcément appris à leur parler, et qu’elles se reconnaissent plus facilement dans mes vidéos.

 

Est-ce que tu penses que tu as une sorte de responsabilité vis-à-vis de ces jeunes femmes ?

Je ne le vois pas comme ça… sauf depuis que je fais des vidéos avec Rose Carpet [NDLR : un collectif de YouTubeuses]. Leur cœur de cible est le même que le mien, mais il y a aussi des filles beaucoup plus jeunes qui les suivent, et qui par conséquent me suivent. Je l’ai observé dans mes statistiques et dans les commentaires. Et là où je me sens responsable d’un truc, c’est qu’avant, sur Instagram par exemple, je montrais quand je buvais des coups – parce que je suis une bonne vivante, toujours en train de manger de la charcuterie et de boire des bières. Mais je ne peux pas montrer que ça sur les réseaux sociaux, parce que j’aurais peur de leur inculquer des mauvaises valeurs ou de leur donner envie de trop picoler, ce genre de choses. Donc ça, c’est une responsabilité. Mais pour le reste, je suis simplement moi-même.

 

Justement, comment as-tu intégré l’équipe de Rose Carpet ?

J’ai été invitée à faire une vidéo pour la chaîne de Cover Garden [NDLR : une chaîne musicale, spécialisée dans les reprises] dont la directrice artistique est Laetitia Bertheuil, qui s’occupe aussi de Rose Carpet. D’ailleurs, elle est géniale ! Si un jour vous avez l’occasion de la rencontrer, c’est l’une des femmes les plus inspirantes que je connaisse actuellement ! Elle suivait ce que je faisais sur ma chaîne et sur madmoiZelle, elle aimait bien mon travail, donc elle m’a demandé de participer à des vidéos. En plus, on s’entend toutes les deux hyper bien avec Lola Dubini, qui fait également partie de l’équipe, donc ça se passait bien. J’ai fait deux vidéos en tant qu’invitée, puis elles m’ont demandé de faire partie de la chaîne officiellement.

 

Ce sont des vidéos un peu différentes de ce que tu fais d’habitude.

Oui, mais j’essaie d’y être toujours la plus naturelle possible ! C’est une bonne équipe, c’est vraiment chouette de travailler avec tous ces gens différents, toutes ces YouTubeuses qui n’ont pas du tout le même univers que moi, qui font du nail art ou de la beauté, comme Yoko-Nailart ou PerfectHonesty, avec qui je m’entends trop bien.

"J'écris vraiment à fond pour être sûre que les choses ne soient pas mal interpretées" Sophie Riche, La Zouzletter, 2018

Sur ta chaîne personnelle, tu fais pas mal de vidéos qui éduquent à la sexualité et à la contraception. Ce sont des sujets qui te tiennent particulièrement à cœur ?

Bien sûr, c’est hyper important pour moi d’informer le plus possible les jeunes et les moins jeunes, que ce soit sur la contraception ou la prévention des IST. Moi, j’ai osé en parler avec mes parents parce que c’était possible, mais il y a des gens qui n’ont pas cette possibilité, parce qu’on ne parle pas d’autant de choses, qu’on ne leur met par autant de livres entre les mains… Très vite, pendant mon adolescence, je me suis beaucoup renseignée sur la sexualité. Je me dis qu’il y a peut-être effectivement moyen que YouTube soit une bonne façon d’informer des gens qui n’en ont pas la possibilité.

 

Comment travailles-tu sur ces vidéos-là ? Tu as un crew, au moins pour tout ce qui est défrichage ?

Non, non, je suis toute seule. Mais c’est sûr que certaines vidéos demandent plus de travail que d’autres. Pour celle sur la première fois, par exemple, j’ai dû faire plus de recherches. Même pour celle sur le pet vaginal (parce que ce sont des vrais trucs concrets, en fait) : on ne peut pas dire n’importe quoi ! J’écris vraiment à fond pour être sûre de ne pas mal dire, pour faire en sorte que les choses ne soient pas mal interprétées.

 

C’est le cas pour toutes tes vidéos, non ?

Oui. Je peux improviser, mais la trame est vraiment écrite.

 

Tu disais d’ailleurs dans ta vidéo sur comment se lancer sur YouTube que tu faisais attention au choix de chaque mot.

Oui, c’est hyper important pour moi, parce qu’on n’est pas à l’abri d’un dérapage. Je ne voudrais pas dire un truc faux ou qui pourrait blesser des gens.

 

Ce sont tes années de création en ligne qui t’ont rodée ?

Exactement ! Des années à regarder les shitstorms tomber sur les autres : je me suis dit qu’il allait falloir être prudente !

 

Est-ce que tu pourrais nous parler un petit peu de l’association Les Internettes, dont tu es co-fondatrice et adhérente ?

C’est une association qui a pour but de promouvoir les femmes créatrices de vidéo. C’est parti du constat de Marie Camier Théron, à l’origine de l’association, qui s’est rendu compte que quand on demandait aux gens de citer cinq YouTubeuses qui ne parlaient pas de beauté ou de mode, ils ne trouvaient pas. Alors qu’il y en a ! Ce n’est pas une association qui vise à aller à l’encontre des YouTubeuses beauté, ou même des mecs YouTubeurs, mais qui cherche à inciter les filles à avoir confiance en leurs passions, à parler de ce dont elles ont envie. Elles aussi ont des choses à dire. C’est une association avec un message très positif, et ça c’est bien !

Aujourd’hui, j’y suis moins présente qu’au début. J’y suis intervenue en masterclass avec bonheur juste avant qu’on se retrouve pour cet entretien, mais c’est vrai que je ne vais plus aux réunions comme avant.

 

Ton travail avec cette association de femmes nous fait penser à un texte que tu as écrit pour madmoiZelle, dans lequel tu disais : « Les moments où j’embrasse le plus ma féminité, ce n’est pas quand je surprends des regards sur moi ou quand on me dit que je sens bon, c’est quand je participe à un élan de solidarité entre femmes. » 

Oui, ça m’a aussi fait ça pendant les hashtags #metoo ou #balancetonporc, où il y avait une sorte d’élan de sororité. Et pour moi, la sororité c’est ultra important ! C’est vrai que quand j’étais ado, comme beaucoup de gens, j’avais tendance à ne pas aimer les autres filles, à être facilement jalouse. C’est comme si la société nous incitait à être en compétition les unes avec les autres, alors qu’en fait il y a de la place pour tout le monde, pour la réussite de tout le monde, pour le bonheur de tout le monde ! Quand on voit comment on peut en chier, c’est cool de se soutenir !

"Il y a de la place pour la réussite et le bonheur de tout le monde"Sophie Riche, La Zouzletter, 2018

Comment es-tu passée de ce point de vue d’ado à ton point de vue actuel ?

J’ai grandi dans une famille féministe sans le savoir – sauf ma grand-mère qui en est consciente et qui m’a beaucoup sensibilisée à ce genre de sujets. À la base, mes parents ont naturellement un schéma féministe. J’ai donc toujours pensé que c’était comme ça partout, que les tâches ménagères, ça se partageait… La charge mentale, j’ai appris que ça existait chez les autres, mais pas dans le foyer dans lequel j’ai grandi.

C’est au moment où j’ai commencé à me rendre compte que ce n’était pas le cas partout – bien au contraire – que j’ai commencé à me renseigner sur le féminisme et que je me suis rendu compte que la compétition entre femmes, ça n’avait pas lieu d’être, et que ce n’était bon pour personne, sauf pour le patriarcat.

 

En parlant de féminisme, est-ce ça a été compliqué pour toi de t’exposer face caméra et le montrer en ligne, est-ce que ça a été compliqué ?

C’est bizarre, parce que je suis une personne hyper complexée, mais ça, pour le coup, ça n’a pas été trop difficile. Bien sûr, quand je retombe sur certaines vidéos, comme celle de la cup, où j’ai une mèche de cheveux insupportable, ça me rend dingue ! Mais c’est comme ça.

C’est parfois plus dur au moment du montage. Il y a des vidéos où je sais que je me trouve vilaine comme tout dedans, mais tant pis. C’est mon métier, et il est hors de question que mes complexes me handicapent professionnellement ou socialement. Donc même quand je me trouve cheum, même quand j’ai du mal avec le fait de m’exposer, de me montrer, eh bien j’y vais.

Après, pour ce qui est des insultes et tout ça, je n’y ai pas trop pensé avant, mais en fait je n’en reçois presque pas, donc ça va. J’ai une communauté trop mignonne.

"Il est hors de question que mes complexes me handicapent professionnellement ou socialement." Sophie Riche, La Zouzletter, 2018

D’où te vient la force de te dire « J’y vais ! », même quand tu te sens moins bien ?

En fait, c’est comme plein de trucs, j’essaie de ne pas trop m’écouter. Mes complexes m’ont empêché de faire plein de choses. Quand j’étais adolescente, je n’osais pas parler aux gens. Je n’ai pas toujours été gentille parce que j’étais complexée. Je me suis empêché d’écrire des trucs parce que j’avais l’impression de ne pas assez bien écrire – parce que j’avais le syndrome de l’imposteur. Au bout d’un moment, ça suffit ! Si je m’écoute trop, si je laisse mes complexes prendre trop de place, c’est comme s’ils s’asseyaient sur mes épaules et ne me laissaient plus bouger. D’une certaine façon, ça doit être une force, mais c’est surtout se dire : « Ça va 5 min., les conneries ! »

 

Aujourd’hui, tu es donc une YouTubeuse à succès, comment le gères-tu au quotidien ? Les gens te reconnaissent « dans la vraie vie » ? 

Ça m’arrive de temps en temps, depuis la vidéo sur la cup en fait, il y a quatre ans – ça ne nous rajeunit pas ! –, du coup ça n’a pas trop changé. J’ai bien aimé le moment où j’ai reçu mon Silver Button de YouTube [NDLR : récompense offerte par la plate-forme aux vidéastes qui dépassent les 100 000 abonné·e·s], ça fait une déco en plus sur le mur ! Ça n’a pas changé énormément de choses, mais c’est vrai que je me sens plus à l’aise quand je dis que je suis YouTubeuse : je suis suffisamment suivie pour que ça devienne crédible. Malgré tout, c’est juste un petit plus, parce que le moment où je me suis sentie le plus légitime, c’est l’année dernière, quand j’ai rejoint mon MCN [NDLR : Multi-Channel Network, agences qui gèrent les intérêts des artistes du web]. Là, je me suis dit : « cool, ça se professionnalise ! »

 

Tu travailles parfois avec des marques et tu exerces la profession « d’influenceuse » ; est-ce que ça fait pleinement partie de ton travail ? Est-ce que ça a toujours été le cas,
et est-ce que tu l’assumes facilement ? 

Ça n’a pas toujours été le cas, parce qu’il faut atteindre un certain niveau de followers pour être contacté·e. Mais oui, c’est un truc que j’assume, parce qu’en fait, sans cela, je ne pourrais pas être YouTubeuse, je serais obligée de me trouver un taff à temps plein et, pour le coup, tchao YouTube. C’est un complément, et quand je n’ai pas envie de faire quelque chose, je le dis à mon network. Ils comprennent et il n’y a pas de souci, ça ne va pas les empêcher de me proposer autre chose plus tard.

"Je n'accepte que les collaborations qui sont en accord avec ce que je fais et qui ne dénaturent pas mon propos" Sophie Riche, La Zouzletter, 2018

Pour bien comprendre, ton network est en fait une sorte d’agence : ils te proposent des collaborations ?

Exactement. Et je n’accepte que celles qui sont en accord avec ce que je fais ou qui ne dénaturent pas mon propos. J’ai fait de la pub pour des jolies montres ou des bougies parfumées – effectivement, ça peut paraître surprenant au premier abord, mais en vrai, je mets des bijoux et j’utilise des bougies !

 

Ensuite, c’est toi qui choisis la forme que prend la publicité ?

Ça dépend de ce que la marque veut, mais oui, on peut proposer des choses, et ça peut prendre plein de formats différents. Sur ma chaîne, il y a par exemple une vidéo dédiée, avec Adopte un mec, pour laquelle j’ai écrit une fiction. Après, il peut y avoir des placements de produit, des posts sponsorisés sur Instagram, Snapchat ou que sais-je, des trucs en posts fixes, en story, etc. Si ça vous intéresse, il y a un très bon podcast sur la culture YouTube, No Tube, qui a réalisé un épisode sur les placements produits et les networks !

Tina Fey et Amy Poehler sont mes modèles absolus" Sophie Riche, La Zouzletter, 2018

Est-ce qu’il y a des femmes dont le travail t’inspire ou t’influence particulièrement ?

Tina Fey et Amy Poehler : ce sont mes modèles absolus ! Il n’y a pas à tortiller, je les trouve incroyables, je les trouve drôles… Je ne sais pas si vous avez lu les livres qu’elles ont sortis il y a trois ou quatre ans, mais vraiment, je vous incite à le faire parce que ça donne envie de tout défoncer, de faire plein de choses, de lancer plein de projets [NDLR : par exemple ou ]. Elles sont très dans la sororité aussi. Humour, sororité, écriture et jeu : je ne pourrais pas autant me retrouver dans d’autres personnes !

 

Et est-ce qu’il y a des vidéastes dont tu voudrais nous conseiller le travail ?

Oui ! Fanny, de la chaîne Fannyfique. C’est feel good et marrant, elle est extravertie, c’est un petit bonbon. Glamouze, c’est un duo qui me fait trop rire. Elles font plus ou moins une parodie de YouTubeuses lifestyle traditionnelles, mais pas méchante. Elles incarnent deux personnages qui sont complètement barrés, et c’est vraiment très marrant.

Du côté de l’Angleterre, il y a Hannah Witton. Elle parle de body positive et de sexualité. Elle a arrêté la pilule il y a quelques années et elle tient un journal de bord depuis, qui m’a inspiré à le faire aussi. Récemment, elle s’est fait opérer des intestins, elle a une poche de stomie, et je trouve sa chaîne encore plus touchante maintenant : la meuf est trop forte ! Elle gère ça avec tellement de recul et de maturité, je l’aime beaucoup. Elle à 400 000 abonné·e·s, c’est pas mal mais c’est encore trop peu !

 

Pour finir, quelle est la réussite dont tu es la plus fière ?

Même si 118 000 abonné·e·s, ce n’est pas énorme [NDLR : depuis notre entretien, il y en a plus de 140 000], ma chaîne, c’est mon bébé à moi toute seule ! Je suis hyper fière d’avoir enfin franchi le pas, il y a deux ans, et d’en avoir fait quelque chose. Ça, vraiment, c’est ma fierté. Quand je regarde le chemin parcouru, je me dis : « Ah putain, j’en ai chié, mais je l’ai fait », donc je suis contente ! Même si, évidemment, j’aimerais lui donner une autre puissance maintenant, et c’est ce sur quoi je travaille.

 

Justement, quels sont tes projets et ambitions pour la suite ?

Une série, clairement. Une web série, une série télé, peu importe, mais c’est vraiment le truc sur lequel je travaille actuellement. Je veux écrire de la fiction, et jouer dedans.

Sinon, je dirais aussi écrire un roman, j’aimerais bien. Depuis que je suis petite, j’écris tout le temps, et au bout d’un moment, il faudrait que je réussisse à me focaliser sur un seul projet à la fois !

 

Pour suivre Sophie Riche sur YouTube
Pour la suivre sur Instagram
Pour la suivre sur Twitter
Pour la suivre sur Facebook

 

Illustration Elisa Renouil, d’après une photographie de Léa Bordier

1 thought on “Sophie Riche

  1. je suis très fière de ma petite fille et de son parcours,de son intelligence sa culture et sa ténacité,j’espère de tout coeur qu’elle puisse réaliser ses projets.quand elle nous avait parlé de son choix d’être journaliste, ma première réaction avait été la peur, pour elle, car c’était entrer dans un monde qui me semblait fermé et difficile; et je suis ravie qu’elle ait gravi les échelons en restant elle même , naturelle et adorable

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *