Christelle Téa

Christelle Téa, illustration Elisa Renouil, La zouzletter, 2018

Nous étions assez à l’aise à l’idée de rencontrer Christelle Téa, que nous connaissions déjà via une amie commune. Nous avions même salué cette jeune artiste en vogue quelques jours plus tôt lors d’un vernissage à la galerie parisienne Idem, où elle partageait l’affiche avec David Lynch ou Charlotte Le Bon. Pourtant, à la réécoute de l’entretien réalisé ensemble, nous avons été un peu embêtées… pêchant peut-être par confort, nous avions raté quelques sujets et regrettions de n’avoir pas approfondi l’un ou l’autre des points que la discrète dessinatrice avait évoqué. Après réflexion, nous avons donc décidé de compléter cette interview par quelques questions écrites et de tricher ainsi – un peu – en étoffant notre texte, afin qu’il rende mieux justice au trait précis et méticuleux de Christelle Téa, à ses étonnants photomontages, mais aussi à sa trajectoire singulière.

 

La Zouzletter : Pour commencer, on aimerait parler un peu de ton parcours : comment est-ce que tu as fait le choix devenir artiste ?

Christelle Téa : Quand j’étais petite, mes parents tenaient un restaurant chinois, et tous les soirs après l’école, avec ma sœur, ils nous y emmenaient. On s’ennuyait mais un jour, pour nous occuper, ma mère m’a passé un carnet. C’est là que j’ai commencé à dessiner. Bien après, elle m’a dit que si elle avait su, elle m’aurait donné une calculatrice !

Je suis née en France mais à la maison on parlait tout le temps chinois. Ma langue maternelle, c’est le teochew, un dialecte du Guangdong (dans le Sud-Est de la Chine). Quand je suis arrivée à l’école, je ne parlais pas un mot de français. Et comme j’étais très timide et que je ne disais rien, personne ne s’en est aperçu ! Pour moi, le dessin a vraiment été un moyen d’expression et de communication.

 

"J'ai découvert La Joconde ou Picasso grâce aux cours d'arts plastiques", Christelle Téa, La Zouzletter, 2018

 

Tu as donc commencé à dessiner sans avoir de modèle ?

J’ai découvert La Joconde ou encore Picasso grâce aux cours d’arts plastiques en classe de 6e. Là, je me suis rendu compte que ça existait, qu’il y avait des tableaux, des œuvres d’art ! Pour moi, un·e artiste dessinait dans la rue et vendait aux touristes, je n’avais jamais été dans un musée auparavant. C’est ma professeure de collège, Anne Davost, qui m’a expliqué qu’il y avait des écoles d’art. J’en ai alors visité plusieurs, mais c’est l’école d’arts appliqués Olivier de Serres que j’ai le plus appréciée, parce qu’elle était dans le même quartier que le restaurant de mes parents à l’époque et qu’il y avait de la musique, des pianos dans les couloirs et une fanfare. Comme j’étais moi-même musicienne, cela m’a intriguée.

 

C’est ce qui t’a donné envie d’intégrer une école ?

Au lycée, j’ai fait un bac S, c’était une condition pour mes parents. Mon père était contre le fait que je m’engage dans la voie de l’art, il me disait que cela ne servait à rien, qu’on ne pouvait pas gagner sa vie. Pourtant, juste avant de passer mon bac, j’ai tenté l’école Olivier de Serres (dont le concours est public), et j’ai été prise. Si je n’avais pas eu ce concours, j’aurais fait une faculté de langue, LEA-anglais.

Après mon BTS, je voulais tenter les Arts décoratifs, mais l’un de mes professeurs m’a dit qu’il me voyait plutôt aux Beaux-Arts. Je ne voulais pas car pour moi il n’y avait pas de débouchés. Il m’a néanmoins conseillé de tenter ma chance afin de pouvoir choisir dans un second temps – ce que j’ai fait. En déposant mon dossier aux Beaux-Arts de Paris, j’ai vu que l’école et le cadre étaient magnifiques – la fontaine de la cour du Mûrier m’a fait penser à Rome. Tout avait l’air grandiose ! Finalement j’ai été présélectionnée pour les deux écoles et j’ai choisi les Beaux-Arts. C’est vraiment le destin, je ne m’attendais pas à être artiste un jour. J’ai voulu continuer les études parce que j’étais encore jeune et que je ne me voyais pas travailler à la sortie de mon BTS de graphiste alors que j’adore étudier. Je pensais poursuivre une voie dans le dessin, mais je n’avais pas d’idée précise. Les Beaux-Arts de Paris, c’est un paradis, on vous présente tout comme sur un plateau d’argent : on sélectionne ce qu’on veut, on mélange, on mixe, et on fait sa propre sauce !

En parallèle, j’ai aussi intégré le Conservatoire de musique du 16e arrondissement Francis Poulenc, dans la classe de chant d’Alexandra Papadjiakou. Je ne savais pas que la formation serait si intense au moment de l’audition d’entrée, que toutes les personnes qui étaient dans ce cours voulaient être chanteur·se·s d’opéra et étudiaient en même temps la musicologie… Finalement, pendant cinq années, j’ai fait à moitié une formation d’apprentie chanteuse et à moitié les Beaux-Arts !

 

Et c’est comme ça, au fur et à mesure, que tu t’es dit que ça pouvait devenir ton métier ?

Oui, mais j’ai hésité longtemps entre ces deux carrières. C’est en 5e année, avant de passer mon diplôme de master aux Beaux-Arts, que je me suis décidée. Je n’ai pas eu le choix : j’avais une exposition à DDessin, un salon de dessin contemporain, qui tombait en même temps qu’une audition de chant. J’avais l’impression depuis quelques temps que je faisais tout à moitié. Cela a marché un temps, mais à ce moment-là, pour bien faire les choses, j’ai dû faire un sacrifice et laisser de côté la musique. Qui trop embrasse mal étreint…

 

"J'ai longtemps hésité entre la musique et les arts plastiques", Christelle Téa, La Zouzletter, 2018

 

Aujourd’hui, qu’est-ce que tu retiens de cette formation croisée entre les Beaux-Arts et la musique ? Comment est-ce que la musique influence ton travail ?

Je pense que les deux sont complémentaires. Les points communs entre le langage musical et plastique sont pour moi une forme de respiration, de créativité et d’expression.

J’en retiens par exemple mon travail sur les photomontages. À chaque fois, je m’inspire de la musique, comme des airs d’opéra, pour créer une œuvre. Par exemple L’Air d’Olympia vient des Contes d’Hoffman d’Offenbach, avec cette idée de la poupée mécanique. Je n’avais plus fait de photomontage depuis 2014, mais je suis en train de travailler sur une nouvelle œuvre que j’ai en tête depuis deux ans. Ce sera sur Rusalka, de Dvořák, un opéra tchèque très inspiré de la Petite Sirène d’Andersen, de l’Ondine de La Motte Fouqué, des contes païens et d’Europe de l’Est.

 

Justement, dans ces photomontages, tu joues beaucoup avec l’image de ton corps, tu y es très présente, en de multiples exemplaires ! À côté de ça, les textes sur ton travail, que tu mets à disposition sur ton site, te décrivent comme très discrète. Que penses-tu de ce grand écart ?

Mes amies me disent la même chose ! C’est comme pour ma pratique du chant : quand je chante, les gens qui me connaissent racontent qu’ils ont l’impression que je suis une autre personne. Et comme dans la vraie vie je suis discrète, on me dit que j’ai une double personnalité.

Dans les photomontages, j’interprète à chaque fois un rôle, pour moi ce sont vraiment les expressions qui comptent. J’utilise mon corps plutôt que celui d’un·e d’autre. Déjà parce qu’il n’y a pas de droit à l’image, mais aussi parce que c’est plus facile d’y interpréter les expressions que je veux donner. Je suis mon propre chef d’orchestre.

 

"Dans mes photomontages, je suis mon propre chef d'orchestre", Christelle Téa, La Zouzletter, 2018

 

Ça ne t’a pas posé la question de l’image que ça renvoyait ? On pense notamment à Ève au zoo de Vincennes, où tu es presque nue ? Est-ce que ça a été compliqué à montrer, à exposer ?

Je n’ai eu aucune inhibition : pour moi, c’est une œuvre d’art. Je ne me suis même pas posé la question ! On m’a dit que j’étais mignonne, que c’était osé… C’est vrai qu’il y a des connotations sexuelles dans le photomontage, mais moi j’ai vraiment fait cela pour m’amuser.

 

Revenons un peu en arrière : avant même ton diplôme, tu as commencé à recevoir des prix et des récompenses, à gagner des concours. Comment ça s’est passé, pour toi, d’obtenir cette reconnaissance ?

Ce n’est pas que le fait de préparer des concours m’excite, mais disons qu’il y a un but, quelque chose peut se passer. Alors qu’aux Beaux-Arts, on fait ce qu’on veut, on choisit nos sujets. Et puis les jurys sont différents pour chaque concours, j’aime bien le challenge.

 

Ça t’a permis de confronter ton travail au regard des autres ?

Oui, et pas seulement à celui des professeur·e·s… Quand j’ai reçu un prix Canson (Art School) de dessin, par exemple, c’était quelque chose pour moi ! Le papier Canson, j’en ai des souvenirs d’écolière, c’était très symbolique.

À partir du moment où j’ai commencé à gagner des concours, comme ceux de Canson ou de Nespresso qui sont des grandes marques, mes parents – et surtout mon père – ont commencé à se dire que je pouvais peut-être gagner ma vie dans le milieu de l’art. Un peu comme pour mon diplôme de 3e année : ils ont assisté à l’exposition, et en voyant tous les gens intéressés par mes dessins et photomontages, mon père a commencé à comprendre que ça devenait sérieux. Ça a été une vraie reconnaissance. Entrer à Olivier de Serres ou aux Beaux-Arts de Paris, pour lui, ce n’était rien – il me disait que de toute façon, je gagnerai mal ma vie. C’était un peu comme nager à contre-courant ; grâce aux concours, j’ai gagné sa reconnaissance.

Ce sont aussi les concours qui m’ont permis de me faire connaître un peu plus, cela m’a offert des opportunités, ouvert des expositions.

 

C’était une manière de médiatiser ton travail ?

Oui, parce qu’au départ, je n’avais aucun contact professionnel, j’arrivais un peu vierge sur le terrain. Grâce aux concours, on rencontre des gens, certains vous repèrent et vous invitent à participer à des expositions. C’est comme une petite pierre qui en amène une autre, un peu un effet boule de neige.

 

Aujourd’hui, que pensent tes parents de ton travail ?

Aujourd’hui, ils sont fiers de moi. Dans ma famille, il n’y avait pas d’artiste. Être la première, c’est déblayer tous les clichés de l’artiste-peintre qui vend sur les quais. Mon père était inquiet pour mon avenir, mais ma mère m’a toujours soutenue, depuis que je suis toute petite.

Ma plus belle récompense est de pouvoir faire un métier que j’adore, de pouvoir m’exprimer à travers le dessin et qu’aujourd’hui mon père l’accepte. C’est ma plus grande joie.

 

"Ma plus belle récompense est de faire un métier que j'adore et que mon père l'accepte" Christelle Téa, La Zouzletter, 2018

 

À la sortie de ton diplôme, tu as gagné une place en résidence au musée national Jean-Jacques Henner. C’est une expérience étonnante, non ? Comment ça s’est passé ?

Ah oui, c’était ma toute première résidence ! C’était dans le cadre d’un partenariat avec les Beaux-Arts de Paris, offrant une résidence d’artiste à un·e jeune diplômé·e. Encore un concours où j’ai tenté ma chance, même si au départ je ne pensais pas être lauréate. Cela a donné lieu à une exposition personnelle au musée J.-J. Henner et à la publication d’un catalogue. Le musée m’a acheté certains dessins à la fin de la résidence. Ils ont fait une carte postale et même des affiches dans le métro : il y en a eu 300 pendant une semaine ! C’est super important pour une artiste contemporaine, encore vivante et jeune !

Je suis restée au musée d’octobre 2016 à mai 2017, j’ai dessiné des portraits des lieux et des activités du musée et de son personnel : l’accueil, la directrice, la conservatrice, chacun dans des lieux qui leur tenait à cœur.

 

Aujourd’hui, comment est-ce que tu travailles ? Tu as un atelier, une galerie ? Comment ça marche, le quotidien d’artiste ?

Pour l’instant, je n’ai pas de galerie exclusive, je suis indépendante. Je gagne principalement ma vie par des commandes de portraits ou de conférences. Des gens me demandent de faire leur portrait, suite à ceux que j’avais réalisés pour mon diplôme. Et on me propose régulièrement d’exposer mes œuvres dans différents endroits.

 

Justement, ces portraits, c’est une partie très importante de ton travail d’artiste. Comment t’est venue l’idée ?

Au départ, c’était pour mon diplôme car je souhaitais choisir un sujet difficile que je n’avais pas encore traité jusque-là : faire des portraits de personnes dans leur environnement (lieu de travail ou chez eux). J’ai demandé à des gens qui m’entouraient – des ami·e·s, des professeur·e·s, des artistes. Petit à petit, l’échantillon s’est élargi à des historien·ne·s de l’art, des collectionneur·se·s, à ma famille ou au boulanger du quartier. Par la suite, j’ai eu envie de continuer, j’en ai fait quelques-uns pour moi. Et maintenant, ce sont donc plutôt des portraits de commande. Les gens veulent avoir le leur !

 

Ce sont eux qui choisissent le lieu, les objets ? Ou est-ce que tu fais une sorte de sélection subjective ?

Cela dépend. S’il manque quelque chose dans la composition, je demande d’ajouter un objet ; parfois, ce sont les modèles qui me disent : « Cet objet me tient à cœur, cela me rappelle telle chose ou tel souvenir », alors on le rajoute. Quand j’arrive chez les modèles, nous choisissons ensemble le lieu, mais certains demandent à être portraiturés dans leur cuisine, parce que c’est un lieu important pour eux, ou à faire figurer une photo ou un souvenir. Je m’adapte mais je choisis le point de vue.

 

"En dessinant l'environnement du modèle, on montre sa personnalité" Christelle Téa, La Zouzletter, 2018

 

C’est drôle, parce qu’on dirait que tu représentes autant ce qu’il y a autour d’eux que ce qu’il y a dans leur tête !

En dessinant l’environnement du modèle, on montre sa personnalité. C’est comme une araignée qui tisse sa toile, elle crée son propre milieu. Tu peux poser, faire semblant, mais chez toi, les objets ont une histoire, racontent quelque chose. Pour moi, l’environnement est aussi important que la personne physique, cela fait partie d’un tout.

Dans mes portraits, je ne cherche pas à flatter, j’essaye de retranscrire ce que je vois ou ce que je ressens.

 

Aujourd’hui, tu as un atelier, un endroit où tu crées ?

Non, je n’en ai pas besoin ! Je dessine tout sur le vif, je suis comme un bernard-l’hermite : mon atelier, c’est chez les gens quand je fais des portraits et dans les lieux que je dessine. J’ai besoin de voir. Et s’il s’agit de faire des retouches, la table de ma cuisine me suffit, je n’ai pas besoin d’autre chose. Je reste donc toujours dans l’espace que je dessine. Même pour les dessins dans les bains de Budapest, réalisés en début d’année, tout est fait sur le motif et en direct, que ce soit le noir et blanc ou la couleur.

 

Ah oui, on a vu des vidéos où tu dessines dans ces bains ! Dans ces moments-là, est-ce que les gens te regardent ?

Oui, et certains me posent des questions, mais cela ne m’a pas gênée.

 

C’est presque comme une sorte de performance, pour elles·eux, de te voir dessiner ?

Oui ! À Budapest, elles·ils étaient assez impressionné·e·s… c’était la première fois qu’elles·ils voyaient quelqu’un dessiner dans les bains et se demandaient ce que je faisais. Parfois, elles·ils se reconnaissaient et elles·ils étaient ravi·e·s. On voit souvent les bains en photographie mais le dessin est une sorte d’invention : j’y donne ma vision, mon interprétation, et non une copie. Ce qui m’intéresse dans les lieux, ce sont les détails. Plus un lieu est rempli, mieux c’est.

 

Pourquoi ?

Parce que j’adore la complexité ! Le vide m’ennuie. Les choses qui m’inspirent sont les lieux très chargés, complexes ou baroques, avec ou sans personnes. Le désordre et la confusion excitent mon appétit de voir et de dessiner.

 

"Le désordre et la confusion excitent mon appetit de voir et de dessiner", Christelle Téa, La Zouzletter, 2018

 

Pourquoi est-ce si important pour toi de dessiner sur le vif, sans préparation ni correction ?

J’aime le premier jet et je n’aime pas effacer. C’est comme chez les peintres chinois, ça passe ou ça casse ! Je peux retoucher ou ajouter des traits. Dans ma pratique, je n’ai pas besoin de faire une ébauche.

 

Dans les textes sur ton travail, que l’on a déjà évoqués, il y a aussi de nombreuses mentions de tes origines chinoises. Tu es notamment partie étudier six mois à Pékin en 2014. Quel est ton rapport avec cette culture ?

En 4e année aux Beaux-Arts de Paris, j’ai en effet obtenu une bourse d’échange pour étudier aux Beaux-Arts de Pékin (CAFA). C’était l’occasion de renouer avec mes racines chinoises. J’ai été dans l’atelier de gravure sur bois de Maître Xu. Je m’y rendais tous les jours, mais je me réservais un jour par semaine pour aller dessiner dans la ville afin de la découvrir. J’exécutais un dessin en une journée alors que pour faire une gravure, il me fallait quelques jours. Au bout d’un mois et demi, Maître Xu m’a dit en chinois : « Écoute ton cœur, si c’est le dessin que tu préfères, vas-y, je t’y autorise, sois comme un oiseau libre. Tu n’es pas de Pékin et tu dois en profiter pour visiter et sortir dans la ville. Viens me montrer tes travaux quand tu le souhaiteras. » Du coup, le lendemain, c’était quartier libre et je suis allée dessiner tous les jours dans les rues, les marchés, les musées et les hutongs de Pékin.

 

Est-ce que l’art chinois est une forme d’inspiration, notamment dans ton travail à l’encre ?

J’ai une double culture. Quand j’étais petite, les seules œuvres que j’avais vues étaient des bas-reliefs chez ma grand-mère.

Donc c’est peut-être lié… Ce que j’aime dans le travail à l’encre de Chine, c’est que l’œuvre est ineffaçable et perdure dans le temps. Je dessine directement à l’encre, comme les peintres chinois, sans crayon… Peut-être que c’est inconscient, je ne sais pas !

 

"Ce que j'aime avec l'encre de Chine, c'est que l'oeuvre est ineffaçable et perdure dans le temps" Christelle Téa, La Zouzletter, 2018

 

Alors quelles seraient tes inspirations plus conscientes ?

J’apprécie beaucoup Albrecht Dürer, pour ses dessins au trait. J’aime également les portraits de David Hockney, qui me plaisent parce qu’il dessine aussi sur le vif. Il y a aussi Jean-Dominique Ingres, qui a réalisé beaucoup de portraits, et qui détaille méticuleusement ses modèles : on a parfois l’impression de pénétrer dans la personne qu’il dessine. Je pense aussi à Sam Szafran : il y a un plaisir jubilatoire à regarder ses traits ! Il a 83 ans. Il réalise ses œuvres à l’aquarelle ou au pastel dans de très grands formats. Il possède une sorte de serre pleine de plantes, qu’il dessine et peint. C’est très organique et végétal.

 

Qu’est-ce que ça fait de débuter dans un milieu aussi particulier que celui de l’art contemporain ?

C’est comme entrer dans un nouveau grand magasin au moment des soldes ! Je suis excitée de ce qu’il se passera demain et des expositions futures. Je vis au jour le jour.

 

Maintenant que tu es une artiste professionnelle, as-tu eu l’impression de changer de milieu ?

J’ai commencé à dessiner toute petite dans le restaurant de mes parents. Aujourd’hui, je dessine dans les musées et je réalise des portraits d’un milieu bourgeois, intellectuel et cultivé, c’est vraiment loin du monde de mon enfance. Mais je dessine aussi des portraits de milieux différents comme mon boulanger, des menuisier·e·s, des électricien·ne·s, les personnels d’accueil de musées… Je m’amuse aussi à dessiner dans les marchés populaires à l’étranger pour être en relation avec les locaux de tous les milieux sociaux et pour mieux comprendre leurs différentes cultures, leurs modes de vie ou de pensée.

 

Quels sont tes projets pour la suite ?

Je participe à une exposition collective au salon Drawing Now, « BD & drawing : correspondances ». Nous sommes 20 artistes, il y aura notamment Joann Sfar, Glen Baxter, Jean-Michel Alberola, Robert Combas, Erró

Ensuite, je pars en résidence d’artiste (Le Souffle) en partenariat avec Bee Médias et le magazine Intramuros, en Meurthe-et-Moselle. Au départ, la résidence était conçue pour un·e plasticien·ne ou un·e peintre, pour une durée d’un ou deux mois, mais comme le jury a aimé mon travail, ils m’ont proposé une période de deux ans, et ils envisagent d’acheter ensuite les dessins.

Sinon, comme j’étais lauréate du prix Soon Paris 2017, je vais prochainement travailler sur un projet d’édition limitée. Je prévois aussi une exposition à Budapest de mes dessins des bains, peut-être couplée à une collaboration éditoriale avec le poète János Lackfi.

 

"Je souhaiterais avoir toujours cette liberté de ne pas être contrainte par les tendances et les modes" Christelle Téa, La Zouzletter, 2018

Et dans un futur plus lointain ? Comment vois-tu ta carrière évoluer, et qu’aimerais-tu accomplir ?

J’aimerais dessiner tous les thèmes qui me font envie sur le moment, d’avoir toujours cette liberté de ne pas être contrainte par les tendances ou les modes. Pourquoi ne pas rayonner à l’international en allant plus loin que l’hexagone ? Je rêve d’entrer un jour dans les collections du MoMA à New-York ou de la National Portrait Gallery à Londres. Je voudrais pouvoir avoir un jour autant de talent que David Hockney. Je continue à travailler dur pour réussir. On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve.

 

Une question pour finir : de quel succès es-tu la plus fière ?

C’est vrai qu’en étant artiste, je ne vais pas gagner des millions, mais ce qui me rend fière c’est de pouvoir vivre de mon travail. Continuer à produire et à dessiner ce que j’ai envie, pour moi c’est un luxe !

 

Pour voir les œuvres de Christelle Téa sur son site
Pour la suivre sur Instagram

 

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