Maeril

Maeril, dessinatrice et militante. Illustration pour La Zouzletter, Elisa Renouil d'après photo de l'autrice.

 

Maeril est une touche-à-tout engagée d’à peine 24 ans. Elle milite sur tous les fronts et sur tous les réseaux avec sa plus grande arme : le dessin. Confiante, bienveillante et inspirante, elle nous a accordé un entretien qui, à son image, s’est déroulé en ligne. Ou, plus précisément, via FaceTime unilatéral : nous l’avons vue (de travers), elle nous a seulement entendues. On a donc pas mal rigolé, et surtout beaucoup appris.

 

La Zouzletter : Pour commencer, quand as-tu décidé de mettre à profit ton talent pour le dessin pour aborder des sujets de société ou des engagements qui te tenaient à cœur ?

Maeril : Je pense que ça a commencé il y a 2-3 ans. J’avais une page Facebook où je postais des trucs, et je me suis rendu compte que quand j’étais un peu révoltée par quelque chose, si je le dessinais plutôt que de faire un post de 3 000 km que personne n’allait lire, ça marchait beaucoup mieux. J’ai constaté que c’était très utile en termes de vulgarisation, notamment, et que ça me permettait de faire passer des messages que je n’arrivais pas à transmettre autrement.

 

Est-ce que tu t’es toujours sentie militante ?

Sincèrement, non, c’est très récent. Je pense que je n’avais pas les connaissances pour me revendiquer militante avant. J’ai découvert le féminisme super tard, je devais avoir 20 ans. Mon engagement a vraiment commencé à se mettre en place il y a environ un an et demi, quand j’ai rejoint plus de réseaux sociaux et que je me suis plus impliquée, surtout sur Twitter. Rapidement, j’ai été invitée à des events féministes et, à partir du moment où j’ai pu échanger avec mes pairs, j’ai commencé me familiariser avec le vocabulaire militant, par exemple. À partir de là, tout s’est enchaîné super vite, parce que Twitter est un formidable catalyseur.

"J'ai toujours vécu à travers internet, je suis sur des forums depuis que je suis gamine." Maeril pour La Zouzletter, 2017

Est-ce Twitter et, plus largement, le fait de montrer ce que tu fais sur internet qui t’ont permis de lier plusieurs des sujets qui caractérisent ton travail ? On pense bien sûr au féminisme, mais aussi à tout ce qui est self-care, antiracisme, antihomophobie, etc.

Oui. Déjà parce que ça permet d’avoir des échanges avec des gens. Et puis ça a aussi été le moyen de m’ouvrir à plusieurs thèmes. Au départ, je n’étais pas du tout sur l’antiracisme ou les LBGTQIAphobies, je n’étais pas assez éduquée pour en parler, et j’ai toujours mis un point d’honneur à ne pas parler des choses que je n’ai pas vécues. Et surtout, il y a plein de luttes auxquelles je ne me serais jamais intéressée s’il n’y avait pas eu les réseaux sociaux, tout simplement parce que ce sont des outils de communication. J’ai toujours vécu à travers internet, je suis sur des forums depuis que je suis gamine. Pour moi, la communication passe par un ordinateur, surtout autour de ces sujets.

 

Tu es donc très active sur les réseaux, notamment sur Twitter ou Instagram, mais tu viens aussi de relancer ta chaîne YouTube. Tu parlais de la façon dont internet t’avait permis d’engranger des connaissances et des contacts ; justement, sur ces réseaux, à qui parles-tu ?

Principalement à des gens comme moi, entre 16 et 30 ans. Mais ça dépend vraiment de la plate-forme. Par exemple, sur Instagram, mes abonné·e·s sont très jeunes – en tout cas celles et ceux qui sont le plus actif·ve·s et m’envoient le plus de messages –, ce sont souvent des adolescent·e·s. Du coup, j’essaye d’adapter mon contenu, de faire en sorte que ce soit sur mesure pour eux. J’y parle un peu de militantisme, mais j’ai surtout fait le choix de me spécialiser dans le self-care. J’avais lu dans une enquête qu’Instagram était le pire réseau social pour les jeunes, que ça les poussait au self-harm en leur montrant une image complètement plastifiée et glacée de la vie de personnes qui ont l’air de réussir mieux qu’elles et eux. Je me suis dit que j’allais viser spécifiquement les hashtags comme « dépression » et apporter quelque chose de positif.

Sur Twitter, en revanche, la moyenne d’âge de mon audience monte drastiquement, c’est plutôt 20-30 ans, voire plus. Ce sont principalement des femmes, même si pas tant que ça (je pense qu’on est autour d’un ratio 60 / 40 %). Et c’est une audience qui est déjà déconstruite, peut-être pas sur tous les sujets, mais qui est familière avec le militantisme. Ce sont par ailleurs souvent des gens qui ont un certain niveau d’éducation, qui sont dans la communication ou le journalisme.

 

L’un de tes projets les plus populaires est un guide pour lutter contre l’islamophobie, qui s’est retrouvé placardé dans des bus américains. Est-ce que tu peux nous raconter comment ça s’est passé ?

Alors ça, c’est vraiment le truc où j’ai appuyé sur un bouton et où, après, je n’ai rien contrôlé ! C’était en août 2016. J’avais entendu dire qu’il y avait d’énormes montées d’islamophobie, une amie m’avait dit : « Je ne vais plus porter le voile, je n’ai pas envie de me faire casser la gueule » ; ce n’était donc pas un choix personnel, et ça m’a un peu dévastée. Ça peut paraître égoïste, mais c’est le fait de me rendre compte que c’était très réel autour de moi qui m’a fait réagir. Je venais juste de devenir l’une des admininistatrices de la page de The Middle Eastern Feminist, j’ai alors demandé à sa créatrice de l’aide pour mettre en place ce guide. Elle m’a conseillé de me rappeler que j’avais un point de vue occidental, d’essayer de ne pas faire de trucs qui pourraient heurter la sensibilité de quelqu’un. J’ai terminé le guide pendant ma pause déj, je l’ai posté sur la page et sur Tumblr. Ça a explosé : sur Tumblr je crois qu’on est à 300 000 notes !

Ensuite, Jules Darmanin, journaliste chez Buzzfeed, a fait un article sur le sujet. Et quelques heures après, il revenu vers moi pour me dire que les versions anglophones du site voulaient le traduire ! Buzzfeed UK a fait une vidéo, Buzzfeed US a fait un article. Et là, ça a encore buzzé. Ce sont les médias qui ont fait passer le message.

Et puis un jour, un militant de San Francisco m’a dit : « On aimerait faire un crowdfunding pour placarder ton visuel dans le métro. » J’ai accepté, mais je ne pensais pas que c’était quelque chose d’officiel ; en fait, c’était lié à l’équivalent de la RATP à San Francisco, le guide a été affiché dans les trains ! Ensuite, la mairie de Boston l’a vu et a fait pareil. À l’époque, je n’avais pas d’organisation qui gère mes droits à l’étranger, donc je suis passée à côté d’un revenu conséquent pour une jeune artiste qui débute… mais j’étais contente, parce que ça a vraiment permis de diffuser le message. Ces derniers mois, à plusieurs reprises, on a fait savoir à Mme Hidalgo (la maire de Paris) qu’on pouvait travailler ensemble pour le ramener à Paris, mais on n’a jamais eu de réponse.

"C'est une manière très simple de hacker le cerveau de la personne qui t'agresse." Maeril pour La Zouzletter, 2017

Au-delà de la diffusion et de l’importance du message, as-tu une idée des raisons qui ont fait de ce guide un tel succès ?

Le fait que ce guide soit simple d’accès, en images, donc vulgarisateur, mais aussi le fait que je présente une astuce que les gens connaissaient peu, c’est, je pense, le secret. La technique s’appelle « comportement non-complémentaire », non-complementary behavior en anglais. C’est une manière très simple de « hacker » le cerveau de la personne en face de toi quand elle t’agresse, en ne s’engageant pas dans une réponse attendue par son cerveau. Par exemple, pour donner une image plus claire de ce qu’est le non-complementary behavior, une psychologue racontait qu’un jour, alors qu’elle allait passer dans la rue devant un groupe de jeunes un peu agressifs qui sifflaient toutes les nanas qui passaient, elle avait choisi de s’arrêter devant un des mecs pour lui demander l’heure. Il la lui a donnée, elle l’a remerciée, et ça a complètement détruit le truc, parce que ça l’a rappelé à un rôle social tout con, qui t’arrête, et « voilà, qu’est-ce qu’on faisait déjà ? Ah oui, on devait siffler les meufs. Ah ben raté. »

 

En parlant de buzz, il y en a eu un autre en 2017 : tu as alpagué sur Twitter François Fillon, alors candidat à l’élection présidentielle, à propos de ses déclarations sur l’autisme (étant toi-même diagnostiquée comme telle), de façon très pédagogique. Est-ce que tu as senti, par la suite, que cette séquence avait permis de redéfinir un peu le terme « autisme » à une audience un peu plus large, qui l’utilise sans se poser de questions ?

Sur internet et dans la vie réelle, ça a été très différent. En ligne oui, pas mal de gens m’ont dit : « Ah ben maintenant je comprends mieux », il y a eu pas mal de résultats positifs.

Mais lorsque je suis retournée à l’école –  à l’époque j’étais encore étudiante –, un de mes profs a utilisé ce terme comme insulte à deux reprises dans le même cours, et je l’entends toujours un petit peu partout, donc je ne pense pas avoir eu un impact aussi incroyable que ça…

Sur le long terme, en revanche, l’autisme est un sujet que j’aimerais beaucoup traiter. En ce moment, je suis en train de construire des projets de BD et j’aimerais bien en parler, mais pas forcément de manière personnelle.

 

D’un point de vue plus fictif ?

Oui. J’ai lu une bande dessinée, il n’y a pas longtemps, La Différence invisible, sur une nana qui découvre qu’elle a Asperger. C’était bien, je suis contente que ce livre soit sorti, mais il est un peu naïf et il y a énormément de raccourcis, du genre : « les personnes autistes sont hypersensibles ». Non, en fait ça dépend, il y a des autistes à haut niveau de fonctionnement [1] qui manquent d’empathie, ce qui est mon cas. Et, surtout, il n’y a pas Asperger d’un côté et haut niveau de fonctionnement de l’autre, il y a tout un spectre, on admet aujourd’hui qu’il y a des gens, comme moi, qui ont des symptômes des deux.

Bref, je ne sais pas s’il faut que je vienne rajouter une couche ou au contraire s’il ne faut pas que je fasse quelque chose d’un peu différent. Mais j’y travaille, on verra bien.

[1] Toutes les formes d’autisme dans lesquelles la personne est capable d’exprimer son intelligence, d’avoir des interactions sociales et d’être autonome.

 

Justement, quelle influence a l’autisme sur ton travail et ton engagement ? Par exemple, tu viens de dire que tu avais des problèmes d’empathie, or le gros de ton travail prône la bienveillance et fait au contraire preuve de beaucoup d’empathie, non ?

On confond souvent empathie et sympathie. L’empathie, c’est la capacité de détecter les émotions de la personne à côté de toi, sans qu’elle te dise : « Je suis triste » ou qu’elle se mette à pleurer. Et je ne pensais vraiment pas que c’était possible, parce que je ne sais jamais ce que la personne à côté de moi ressent. C’est de la communication non-verbale, et moi, je ne la comprends pas. Quand je l’ai réalisé, il y a un an et demi, je me suis dit : « Mais c’est un superpouvoir, ce truc ! » Pour moi, c’est de la télépathie !

La sympathie, c’est le fait de sympathiser avec les sentiments des autres, de les comprendre – et je comprends comment fonctionnent tous ces sentiments-là, parce que je les vis moi-même. C’est donc à travers moi-même que j’arrive à m’exprimer. Et c’est pour ça que les personnages, dans mes histoires Instagram, c’est moi.

Malgré tout, j’essaye de travailler mon empathie. Au départ, je pensais que c’était un truc qui était en on ou en off, et que chez moi c’était off, mais je me rends compte que, petit à petit, je progresse. C’est comme un muscle, sauf que le mien est complètement atrophié. Maintenant, j’arrive à détecter des trucs, mais c’est vraiment du par cœur : tu t’écris un manuel et tu le relis tout le temps, tu prends des notes. Tu sais que quand il y a un silence de plus de quelques millisecondes, à ce moment-là, c’est que la personne est mal à l’aise, c’est ce genre de trucs. C’est épuisant parce que ce n’est pas automatique.Peut-être aussi que c’est thérapeutique pour moi de faire tous ces projets où j’ai l’air de montrer beaucoup d’empathie, parce que ça me permet de créer un lien vers l’extérieur que je n’ai pas du tout à la base.

"C'est OK, on est là pour apprendre. Mais maintenant tu sais. Et tu agis en conséquence." Maeril pour La Zouzletter, 2017

Un autre de tes projets en ligne a pas mal tourné : de courtes bandes dessinées qui s’appelaient « 10 histoires ordinaires ». Comment ce travail s’est déroulé ?

J’y pensais depuis un moment. J’avais discuté avec l’un de mes amis proches, qui m’avait raconté que, quand on était gamins, il était tout le temps victime de blagues racistes, notamment de personnes que je pensais être ses amis, et je n’avais jamais capté. Je me suis rendu compte que je n’avais pas été là pour lui et qu’il fallait faire quelque chose.

Comme d’habitude, je ne voulais pas parler à la place des autres, j’ai donc fait un appel à témoignages. J’ai essayé de rassembler un panel assez large de ce que ça fait de se prendre toutes ces remarques dans la gueule tous les jours, de ces comportements qui te mettent à part et qui sont extrêmement choquants. J’ai préparé mes dix petites histoires et je les ai postées une fois par semaine.

 

Comment est-ce qu’elles ont été reçues ?

Elles ont eu un impact. Bon, maintenant, quand je regarde, ma première réaction c’est : « C’est quoi ces couleurs ?! », et je n’aime pas le style non plus, mais le message reste le même. Et il a eu l’air de rentrer dans la tête de pas mal de monde. Des gens ont dit que j’avais inventé ces histoires, d’autres que ça leur avait fait du bien qu’on les foute devant le truc. Ce qui est revenu souvent, c’est : « J’en avais aucune idée. » Et c’est OK, on est là pour apprendre. Mais maintenant tu sais. Et tu agis en conséquence.

Ça a aussi beaucoup libéré la parole, notamment autour des gâteaux qui s’appellent « têtes de n*gres ». Des personnes noires se sont exprimées dans les commentaires, ce qui fait que certains se sont rendu compte que ça avait réellement une incidence.

Je me demande s’il ne faudrait pas que je continue à faire ce genre de choses, refaire d’autres histoires ordinaires – le titre est très important, parce que je voulais faire ressortir le fait que c’est terriblement banal, que ça arrive tous les jours.

 

Plus qu’à libérer la parole, tu aides avec ce projet à souligner une réalité méconnue par ceux qui ne la vivent pas.

Oui, c’est un état des lieux, et c’est pour ça que j’ai choisi de les présenter sans commentaires. C’est fait pour dire : « Il se passe ça, vous réagissez comme vous voulez, vous êtes au courant. » Quand je sais que je vais rentrer en terrain miné, je ne m’en tiens qu’aux faits.

 

En parlant de terrain miné : en tant que femme, active sur les réseaux et ouvertement militante, est-ce que tu as expérimenté des choses un peu compliquées sur le web ?

Alors là-dessus, j’ai de la chance. Je crois aussi que mon caractère, de manière implicite, laisse entendre que je suis « une personne de l’internet ». Ça peut paraître improbable, mais quand j’étais gamine, j’étais sur JeuxVidéo.com. Bon, à l’époque, ce n’était pas comme ça, mais c’est vrai que c’était déjà un peu compliqué… Quand tu fais des recherches toutes simples sur Google, il peut t’arriver d’atterrir sur JeuxVidéo.com, parce que les gens inscrits posent parfois des questions complètement random. Eh bien tu remarqueras que la première réponse est souvent une insulte ; dans un deuxième temps seulement, la personne va répondre. C’est vraiment un rite de passage assez brutal, « viril » – c’est masculiniste au possible : on va t’insulter, et si jamais tu te laisses faire, c’est bon, tu fais partie du groupe. En tout cas, quand j’étais inscrite sur le forum, c’était juste ça. Bien sûr, les filles aussi s’en prenaient plein la gueule, il y avait des insultes sexistes, mais à l’époque je ne me rendais pas du tout compte que ce n’était pas normal. C’est parti complètement en live ces dernières années, c’est devenu un repère de fachos et c’est bien dommage. Mais j’y ai acquis les codes et la manière de m’exprimer de quelqu’un qui est là depuis longtemps. Et je pense qu’au début, quand j’ai commencé à gagner en audience, ça m’a été utile pour ne pas me faire attaquer comme certaines de mes amies qui n’avaient pas ces codes et qui passaient pour des personnes « étrangères ».

 

Tu n’as pas l’impression que cette espèce de discrimination est une reproduction d’une certaine forme racisme un peu chelou, celle qui dit « toi, ça va, tu n’es pas un·e arabe / noir·e / etc. comme les autres » ?

Oui. Il y a une citation que j’aime beaucoup, qui dit : « To understand racism, you need to understand power dynamics. To understand sexism, you need to understand power dynamics [2] », et ça marche pour toutes les formes de discriminations. Les dynamiques de pouvoir, c’est toujours la même chose, et les rites de passage sont partout. Sur les forums de JeuxVidéo.com, ils ont reproduit leur propre microsociété et tu n’y entres pas comme ça. C’est tout bête. Ils ont leurs propres codes, comme sur 4Chan.

Pour revenir à la question initale, il faut aussi savoir que j’ai appris à me protéger assez rapidement. Sur tous les réseaux, j’ai très vite compris que ça servait à rien de répondre et que je n’étais pas là pour convaincre ceux qui sont agressifs ou fermés. Maintenant, quand quelqu’un vient ouvertement répandre sa haine, je le bannis. Ce n’est pas de la censure, c’est juste qu’il y a plein d’autres pages, tu peux aller cracher ton venin ailleurs, mais sur la mienne, je fais ce que je veux. Je suis très pragmatique à ce niveau-là : on n’a pas le temps pour ces gens-là, tout simplement !

[2] Pour comprendre le racisme, il faut comprendre les dynamiques de pouvoirs. Pour comprendre le sexisme, il faut comprendre les dynamiques de pouvoirs.

"Si je peux utiliser mon manque d'empathie comme arme, je ne vais pas me gêner !" Maeril pour La Zouzletter, 2017

Est-ce que c’est ce recul qui te permet de trouver la force de mener autant de luttes de front, de prendre cette responsabilité dans le combat militant ?

Probablement. Et le fait que je n’ai pas beaucoup d’empathie m’aide aussi pas mal : parfois, des gens ont un comportement censé être insultant et je ne m’en rends même pas compte ! Ça ne me touche pas, et j’en suis très contente. Si je peux l’utiliser comme arme, je ne vais pas me gêner !

 

Sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram et Youtube, tu es militante, mais pas que, puisque tu postes parfois des selfies, des tenues, des conseils beauté… Est-ce que c’est compliqué de jongler entre ces deux aspects ?

Grave ! Les gens s’attendent à ce que tu appartiennes à une catégorie ou à une autre. Professionnellement parlant, c’est con de jouer sur plusieurs tableaux… Donc j’essaye de vraiment diviser les deux. Si je le faisais très bien, je pourrais être vue simplement comme une personnalité avec sa vision, que je transmettrais à travers tous les médiums. Sauf que je viens juste de commencer et que je ne suis pas une virtuose. Mais si un jour je le peux, je ferais comme Rihanna ! Elle est un peu un exemple, parce qu’elle est sur tous les fronts. C’est très difficile à construire, ça demande des années de travail.

À la place, j’ai choisi de me concentrer sur tout ce qui est visuel : là, je prépare un film d’animation, j’ai vraiment envie de me faire connaître de l’industrie et de réussir à gravir les échelons. Il y a plein de gens que j’admire, dont je me dis à présent que si je me donne à fond, je pourrais bosser avec eux. Et c’est vraiment beaucoup plus intéressant ! Les tenues, tout ça, c’est cool, mais j’ai vraiment envie de collaborer avec des artistes, de produire des choses, et j’y travaille.

Si j’arrive à créer sur internet tout un univers visuel et graphique militant, et en même temps esthétiquement intéressant, et bien j’aurais accompli mon rôle pour toute la vie.

 

Tu viens de prendre un peu d’avance sur notre question suivante, celle de tes ambitions pour la suite !

Oui, je suis super excitée par ce projet de film d’animation. C’est incroyable, parce que tu y penses, puis un jour tu te dis que tu vas le faire, et au final tu te rends compte que tu peux, si tu oses. C’est pour ça que j’aime beaucoup la vidéo de Shia LaBeouf, dans laquelle il dit juste « Do it ! » C’est vraiment difficile d’agir, de se dire : « OK, je le fais » sans se poser de questions. Après, c’est facile, en fait.

"Cette sororité productive, c'est ce qui me donne le plus de force", Maeril pour La Zouzletter, 2017

Tu parlais de Rihanna et des gens avec qui tu avais envie de bosser. Est-ce qu’aujourd’hui, dans notre génération, il y a des meufs qui sont pour toi des références, que tu admires et qui te donnent la patate ?

Ouais, plein ! Il y a beaucoup de femmes que j’admire dans mon entourage. J’ai envie de citer mon amie Cécilia, c’est une boule d’énergie, elle est tellement forte, c’est incroyable ! J’adore ce genre de personnes, avec lesquelles tu peux créer des projets de nulle part et échanger des informations, et je trouve qu’on en a énormément besoin, en tant que femmes.

Mais il y a plein de gens qui m’inspirent. Si je devais quoter, je dirais Wissale, des Féministes contre le cyber-harcèlement, Sarah Zouak, de Lalaab, Rokhaya Diallo, Anaïs Bourdet de Paye ta Shnek… ce sont des femmes que je vois régulièrement, et on arrive vraiment à construire des choses ensemble. Je n’ai pas les mots pour le décrire, parce que je n’en fais l’expérience que depuis peu de temps, mais cette espèce de sororité productive, d’un point de vue aussi bien professionnel que militant, qui commence à se mettre en place autour de moi, c’est ce qui me donne le plus de force. Je sais que je vais toujours sortir hyper inspirée de ces événements. Quand j’étais au festival Chouftouhonna, en Tunisie, je sortais mon téléphone à la fin des projections de films féministes pour noter des idées. Les sujets abordés étaient précis, intelligents. Tu vois vraiment ces femmes construire des théories sous tes yeux ! C’est incroyable, parce que tu te rends compte que ça va entrer dans l’histoire. C’est un grand privilège de pouvoir en être témoin.

Donc, je dirais toutes les femmes avec lesquelles je travaille en ce moment, de près ou de loin, toutes les femmes avec lesquelles j’échange, avec lesquelles je milite. Et aussi ma mère, et mes grands-mères, parce que ce sont de sacrées numéros, et que chacune à leurs manières, elles ne se laissent pas faire.

 

Une dernière question : quelles sont les réussites dont tu es la plus fière ?

Clairement, le guide a fait beaucoup de bien et j’en suis très très fière. Je n’aurais jamais pensé pouvoir aider des gens que je ne connaissais pas, comme ça… J’espère qu’il va continuer à beaucoup voyager.

Du compte Instagram aussi, parce que je reçois des messages tous les jours de gens qui disent que ça les aide.

Et je suis aussi heureuse de tout ce que j’ai pu créer à travers les rencontres que j’ai faites l’année dernière. 2017 a été incroyable pour moi, beaucoup de choses se sont jouées, tout s’est cristallisé. Je sais que je vais évoluer avec ces personnes pendant très longtemps, et je suis persuadée qu’on pourra en faire quelque chose de grandiose.

 

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